Cette routine qui effraie

Voilà maintenant presque neuf mois que Monsieur H. et moi sommes installés ensemble. Après six ans de relation, j'aurais du m'habituer à la fameuse «Mais tu ne te lasses pas, à force ?», mais que nenni. D'autant que la question revient de plus en plus souvent, maintenant que nous vivons ensemble. 21 ans, c'est jeune pour partager la vie d'une personne depuis si longtemps. Dans notre entourage, on fait un peu office de modèle-fourre-tout. Entre les ami(e)s qui viennent me voir, avec un air envieux, en répétant qu'ils rêveraient de vivre la même chose et ceux qui, au contraire, répliquent qu'ils ont besoin de profiter encore, tout le monde semble placer autour de nous une aura un peu mystérieuse.

Je ne vais pas mentir, prétendre que chaque jour depuis ces six années est un renouveau, qu'aucune journée ne ressemble à la précédente. C'est entièrement faux, et plus encore depuis que nous habitons ensemble. Avec le temps, des habitudes s'installent. Des petites manies qui reviennent, plus ou moins fréquemment, à la manière d'une ritournelle qui s'impose dans nos esprits, sans même que nous en prenions conscience.

C'est toujours moi qui fait à manger, toujours lui qui met la table. Souvent, il retrouve ses jeux vidéos pendant que je peaufine des billets de blog ou rédige la suite de mes histoires. Nos week-end sont chargés, et nos dimanches synonymes de cocooning. Game of Thrones ou The Walking Dead, le lundi. Vikings, le vendredi. Petite routine bien huilée entre courses, ménage, cuisine, activités sportives et sorties. 

Mais je ne me lasse pas de lui. Je ne me lasse pas des moments partagés, des rires toujours nouveaux, des découvertes. Six ans et, toujours, il parvient à m'impressionner, à me surprendre. Quand il me dit, soudainement, qu'il voudrait voir un opéra, lui qui trois jours avant écoutait encore en boucle un vieil album de Rammstein. Quand je lui envoie un message, le midi, pour lui dire à quel point je passe une horrible journée et que je retrouve en rentrant chez moi un petit paquet contenant un collier. Parce qu'il voulait me remonter le moral. Quand je suis exténuée et qu'il s'occupe de tout, oubliant pour une soirée qu'il déteste cuisiner. 

La routine ne m'ennuie pas. Souvent, elle me rassure. Elle me réconforte, quand mes journées sont dures et mon avenir encore si incertain. Quand je sais que, quoiqu'il arrive, notre toit m'attend, et ses bras aussi. Quand je sais que, quoique l'avenir me réserve, lui reste fort et droit dans la tempête.

Et puis, comme je ne veux pas d'une vie silencieuse, je sais que je n'ai qu'à claquer des doigts pour que cette routine s'envole, dès que l'envie se fait sentir.

On prend des billets d'avion pour l'Angleterre, sur un coup de tête, pour dans trois jours. On s'offre un week-end dans un couvent reconverti en hôtel, avec restaurant et petit-déjeuner. On s'improvise un pique-nique au bord d'un lac à 2h de route, pour n'y rester que deux ou trois heures avant de repartir. On dévalise Ikea, alors qu'on est ruinés, juste parce qu'une envie de changement pointe le bout de son nez. Et le week-end prochain, on fera neuf heures de route, pour se perdre juste une nuit entre les tentes d'un festival. 

La routine n'est pas un frein, du moment qu'elle est ponctuée de ces élans de spontanéité. Et ils n'ont pas besoin d'être grandioses, ni de coûter cher. Seulement de ne pas ressembler à ce à quoi on est habitués. 

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