Fit is the new tyranny

Je ne m'en suis jamais cachée, et vous l'avez certainement remarqué dans mes précédents articles, je suis quelque peu obsédée par le fitness et par mon alimentation. Comme, me direz-vous, une très grande partie de la population féminine de notre époque. Aussi ne vais-je pas prétendre rédiger ici un article moralisateur, cherchant à dicter la bonne conduite. Ce n'est absolument pas mon objectif. Je cherche seulement à soulever des constats qui me désolent de plus en plus.

Les programmes de fitness miraculeux n'en finissent plus de pleuvoir, et je pense bien entendu en premier au Bikini Body Guide ou au Top Body Challenge. Les gourous du fitness inondent la blogosphère, Instagram ou encore Twitter de citations positives et de photo avant/après particulièrement bluffantes. C'est merveilleux, nous sommes toutes enfin convaincues que cet idéal n'est plus un mythe, et qu'avec un peu de bonne volonté il est parfaitement atteignable.

Si j'ai tendance à me mentir à moi-même au quotidien, je vais oser l'honnêteté avec vous aujourd'hui. Si je me suis remise au sport il y a deux ans et que j'ai commencé à largement surveiller mon alimentation, c'est avant tout dans l'espoir un peu fou de toucher du doigt cet idéal que nous imposent les médias. Bien-sûr, ça aide à se sentir mieux dans sa peau. Mais le mal-être de base ne viendrait-il pas seulement du fait que l'on nous rabâche que nous ne sommes pas comme on devrait être ?

La notion du Beau n'est plus propre à chacun. Elle est universelle. D'un pays à l'autre, seule la couleur de peau change peut-être, et les traits du visage parfois. Mais contrairement aux religion et aux valeurs culturelles, l'idéal féminin a transcendé nos différences. Il n'y a plus qu'un seul modèle à imiter, qu'un seul idéal à atteindre. Mince mais musclée. Un ventre plat, des abdos dessinés mais pas trop, des jambes fines et un fessier rebondi.

La femme 2.0 est toujours souriante. Elle mène de front sa carrière, bien souvent en freelance d'ailleurs, sa vie de famille et sa vie sociale. Elle s'entraîne six jours sur sept, cuisine elle-même l'intégralité de ses repas et milite pour une alimentation bio et healthy. Elle est cultivée, voyage aux quatre coins du monde et partage ses réussites sur les réseaux sociaux.

Mais où sont ses failles, ses faiblesses ? Quel est celui qui n'autorise les compliments qu'en dessous d'une taille 36 ? Celui qui nous fait croire que les mentalités sont en train de changer, parce que survient l'apparition de «mannequins grande taille» ? La simple appellation me fait doucement rigoler. Grande taille, c'est encore déterminer qu'elles sont au-dessus de la norme. Il est encore besoin de préciser, dans les magasines, sous la photo d'une femme aux jolies formes, qu'elle pose pour des vêtements grande taille. Pour que l'on ne s'offusque pas, en s'imaginant que la rédaction a pu penser qu'elles avaient leur place, comme les autres.

Et même si cela constituait bel et bien une avancée, où se trouve l'entre-deux ? Celles qui ne se privent pas assez pour avoir le corps d'une petite-fille, mais qui n'ont pas la prétention de rentrer dans les magasins «à partir du 44» ? Où est la place de la diversité, au milieu de ces catégories si précisément déterminées ?

J'ai le plus profond respect pour celles qui se sont mises à ces challenges fitness, je n'ai pas la prétention d'y échapper. Après tout, l'une de mes résolutions 2016 n'est-elle pas de faire plus de sport ? Avoir le courage de changer, la motivation nécessaire pour essayer, c'est un travail de longue haleine. Mais je n'adhérerais pas au Top Body Challenge, qui insinue qu'il n'existe qu'une seule façon d'avoir un corps «parfait».

Je préfère vous dire que vous avez le droit de relâcher la pression. Le droit de craquer plus d'une fois par semaine, de n'avoir pas le temps de faire le marché pour concocter des salades maisons. Le droit d'être épuisée, ou simplement d'avoir la flemme, et de ne pas vous entraîner durant toute une semaine. Le droit de ne pas comprendre celles qui prétendent que le sport est une addiction, et j'en fais pourtant partie.


Vous avez le droit, les filles, de ne pas adhérer au modèle préfabriqué que la société vous vend. Et vous avez le droit de le faire sans vous sentir coupables.

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